Article du Bulletin
Un « impératif scientifique » pour l’action publique ? Analyse d’une compétition pour l’expertise environnementale [A "scientific imperative" for government action? Analysis of a competition for environmental expertise].
Mauz Isabelle & Granjou Céline · 2007 · Socio-logos. Revue de l'association française de sociologie [En ligne], 2 | 2007, mis en ligne le 17 octobre 2007. URL : http://socio-logos.revues.org/893
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Résumé
En s’appuyant sur des observations et des entretiens recueillis principalement lors d’une enquête menée en Haute-Savoie auprès d’institutions impliquées dans la gestion et la protection de la nature, l’article vise à montrer l’importance grandissante dans l’action environnementale d’un impératif scientifique, à côté ou en amont de l’impératif délibératif. La première partie du texte met en évidence la diversification des acteurs et des organismes qui revendiquent la détention d’une capacité d’expertise environnementale. Si deux grands types d’institutions peuvent être distingués, en fonction de l’ancienneté de leur intérêt pour le champ de l’environnement, toutes s’efforcent de se présenter comme des professionnels de l’expertise environnementale, d’une part en recourant à un personnel spécialisé, qu’elles forment ou qu’elles recrutent, d’autre part en mobilisant des techniques d’investigation et de gestion de la nature de plus en plus complexes et sophistiquées. La seconde partie du texte montre que la revendication d’expertise environnementale relève à la fois d’une perspective économique, où il s’agit de se positionner sur un marché des études et du conseil technique en déployant un monopole de spécialité, et d’un positionnement d’ordre politique. Les acteurs visent en effet un gain de crédibilité, en se défaisant d’une réputation de militants et en tentant de dépasser les oppositions classiques entre protecteurs et exploitants de la nature. L’expertise tend alors à fonctionner comme une sorte de label, condition d’accès à l’action collective ainsi qu’à divers dispositifs d’action concertée. Ce constat n’est pas sans poser question sur les conditions d’une démocratie environnementale, que l’on assimile souvent à la multiplication des lieux de délibération et de concertation autour des ressources naturelles, et souligne l’intérêt de l’étude des recompositions et des effets politiques qui se jouent dans le recours aux savoirs écologiques et aux professionnels de l’environnement.
