Article du Bulletin
Socialité et phylogénie moléculaire chez les Marmotini [Sociality and molecular phylogeny of Marmotini].
Giboulet O. · 1995 · DEA "Adaptation et survie en environnement naturel extrême", UCBLyon I & Aix-Marseille II, 1-27.
Résumé
La socialité est un phénomène qui a toujours suscité de nombreuses interrogations chez les éthologistes. Ceux-ci ont longtemps cherché à expliquer son apparition et son maintien dans les différents groupes animaux, par des facteurs écologiques ou bien génétiques. Une théorie synthétique suggère aujourd'hui qu'il faut chercher les causes de son apparition à la fois parmi les facteurs environnementaux, génétiques et aussi phylogénétiques. Nous avons donc tenté d'aborder le problème de la socialité au sein de la tribu des Marmotini en considérant la phylogénie de ce groupe. Pour cela des expériences d'hybridation ADN/ADN ont été menées sur l'ADN de 12 espèces d'écureuils terrestres, afin d'établir une phylogénie approximative de la tribu, et des recherches bibliographiques ont permis de classer celles-ci en 5 catégories sociales. Les résultats des expériences d'hybridation ont permis de confirmer que les marmottes et les spermophiles sont des groupes frères récents, comme le suggéraient quelques travaux immunologiques et biochimiques, et non des groupes issus de deux lignées différentes. En superposant les formes sociales de chacune des espèces à cet arbre, le caractère social est apparu monophylétique. La prise en considération de cette information dans l'analyse de la socialité chez les Marmotini a permis de conclure qu'elle s'est mise en place progressivement, au fur et à mesure que les espèces ont colonisé des milieux ouverts, et ont acquis une taille corporelle élevée. Cette évolution a abouti au développement de structures sociales complexes chez les marmottes. L'existence d'une plasticité intraspécifique des comportements sociaux chez certaines espèces de marmottes, montre cependant que le choix final du système social le mieux adapté reste complexe. L'analyse de cette plasticité comportementale intraspécifique devrait permettre de mieux comprendre ces déterminismes secondaires.
