Article du Bulletin
Plasticité comportementale chez les Marmottes Alpines Marmota marmota) : Effet de la Pression Anthropique [Behavioral plasticity in the alpine marmots: anthropogenic pressure].
Louis S. · 1995 · DEA Adaptation et survie en environnement naturel extrême, UCB-Lyon I & Aix-Marseille II.
Résumé
L'étude du comportement alimentaire des marmottes soumises àune forte pression anthropique nous a permis de montrer que d'une part, les marmottes modifient peu leur comportement alimentaire et d'autre part, qu'elles se sont accommodées àcette présence, puisqu'elles se laissent facilement approcher. Deux sites sont comparés : le Vallon et le Plan du Cheval. Le Vallon est le plus fortement fréquenté, avec un pic de promeneurs entre 14h00 et 16h30. On peut considérer que les marmottes du Plan du Cheval ne subissent qu'occasionnellement la pression anthropique. Lorsqu'il y a des promeneurs au Plan, les animaux sont fortement perturbés et leur durée d'alimentation diminue pendant les heures étudiées. En ce qui concerne l'activité d'affouragement de ces animaux, le nombre de marmottes s'alimentant est plus important au Plan, entre 13h30 et 17h30. Au Plan du Cheval, l'activité d'affouragement est plus importante durant cette période, mais elle est plus grande au Vallon entre 9h30 et 13h30. Les différences décrites n'existent plus en septembre, ce qui nous conforte dans l'idée qu'il s'agit d'une accommodation qui cesse dès lors que la pression cesse. En septembre, les durées d'affouragement sont toujours supérieures àcelles de juillet, pendant la période considérée (10h00-17h00). Les durées sont identiques quel que soit le lieu pour cette période. En mai, les différences entre les deux sites sont très importantes puisque les marmottes du Plan ne peuvent s'alimenter près de leur terrier àcause de l'enneigement. Il en résulte que les marmottes du Vallon mangent plus, durant une période plus longue. Les distances d'alerte et de fuite sont très nettement supérieures au Plan du Cheval, ce qui tend àmontrer que les marmottes habituées à voir les hommes ont intégré le fait qu'ils ne sont pas dangereux et qu'elles ne doivent fuir que si les promeneurs s'écartent du chemin pour entrer dans leurs domaines vitaux. On montre ainsi l'avantage de la structure cognitive de la conscience animale (Delacour, 1994), qui leur permet de s'adapter pour se nourrir même en présence de l'homme, grâce àune capacité accrue d'anticipation et de mémorisation. Il serait très important d'approfondir cette étude sur le plan des comportements de vigilance, notamment entre 13h30 et 17h30. Cette étude pourrait être utilisée pour la gestion des espaces protégés pour tenir compte de la distance des chemins par rapport aux terriers et aux lieux d'alimentation, afin que les promeneurs ne gênent ni l'activité alimentaire nécessaire àla survie de l'espèce, ni les autres comportements, sociaux ou autres, qui jouent un rôle dans la cohésion sociale.
