Article du Bulletin
Organisation socio-spatiale et distribution des activités chez la marmotte alpine (Marmota marmota Linné 1758) [Socio-spatial organization and activity distribution of the Alpine marmot (Marmota marmota Linné 1758)].
Perrin C. · 1993 · Thèse doctorat, Paris 7.
Résumé
Cette étude écoéthologique de la marmotte alpine Marmota marmota (Linné, 1758) a été effectuée lors de deux saisons d'activité, dans la réserve naturelle de la Grande Sassière (Parc National de la Vanoise, Alpes françaises). Son but était de suivre la distribution temporelle des activités de la marmotte, et de décrire son organisation socio-spatiale dans une population de haute altitude (2350 m), afin d'apporter de nouvelles informations sur cette espèce encore mal connue, et de comparer son organisation à celle d'autres espèces de Sciuridés terrestres bien étudiées à ce propos. L'unité sociale est le groupe familial, composé d'un couple d'adultes reproducteurs et de jeunes issus de portées successives. La dispersion a lieu à l'âge de 2 ans, mais peut être retardée. Une seule femelle par groupe se reproduit Les interactions sociales au sein du groupe sont majoritairement cohésives, alors que les interactions entre groupes, peu fréquentes, sont surtout agonistiques. Des différences dans la proportion relative des divers types de comportements existent entre les groupes et les individus qui les composent. Plusieurs éléments suggèrent l'intervention d'une composante ontogénétique dans la variabilité comportementale individuelle. Dans un des groupes étudiés, la fréquence élevée d'actes agonistiques par le mâle adulte sur trois mâles de 2 ans laisse à penser que l'agression pourrait jouer un rôle en tant que facteur proximal de la dispersion chez cette espèce. Le domaine vital du groupe (2,65 à 4,13 ha) est constitué d'un système principal, où se situe l'hibenaculum, et d'une zone périphérique essentiellement utilisée pour le fourragement. Celui-ci augmente en aoôt, et diminue en septembre, les marmottes restant de plus en plus sur le système principal, quand la période d'hibernation approche. Le faible taux de recouvrement des domaine vitaux de groupes voisins (8 à 12%), la nature agonistique des interactions entre membres de groupes différents, et la densité élevée de latrines au niveau des zones de recouvrement des domaines vitaux, permettent de caractériser cette espèce comme territoriale. Ces différents points (unité sociale de type groupe familial, dispersion retardée, type d'interactions, défense commune du territoire...) confirment que la marmotte alpine est hautement sociale [niveau 5 de la classification de Michener (1983)], elle se distingue néanmoins des autres espèces placées à ce niveau, par le système d'appariement qui est de type harem polygyne chez ces espèces, alors qu'il semble plutôt monogame chez Marmota marmota.
